Les voeux très attendus d’Emmanuel Macron

Le président français Emmanuel Macron, lors d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine (Versailles).
Le président français Emmanuel Macron, lors d'une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine (Versailles). — www.kremlin.ru / Wikimedia Commons

Vingt-six jours après le début du conflit sur la réforme des retraites, les voeux du président de la République sont attendus au tournant.

Le rendez-vous est donné : mardi 31 décembre à 20h00. En plein conflit social sur la réforme des retraites, Emmanuel Macron se présente face aux Français pour les traditionnels voeux de la Saint Sylvestre. Si Emmanuel Macron semble rodé à l’exercice, après une expérience difficile l’an passé en pleine période des gilets jaunes, le chef de l’exécutif sera de nouveau mis sous pression mardi soir devant plus de 10 millions de téléspectateurs.

Militants grévistes et syndicalistes espèrent que l’allocution présidentielle pourra ouvrir la voix à de potentiels négociations, avant la rencontre officielle prévue le 7 janvier prochain, entre le Premier ministre et les principaux chef syndicaux. Pour l’heure, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, peine à y croire : « Emmanuel Macron se veut l’homme du nouveau monde, mais il imite Margaret Thatcher. Le gouvernement organise le bordel et le pourrissement » explique le chef de la CGT dans une interview donnée au Journal du Dimanche (JDD)

L’enjeu autour des voeux présidentielles

Depuis le début du conflit, Emmanuel Macron s’est tenu à l’écart de toute l’agitation médiatique provoquée par sa réforme des retraites. Le président de la République a surtout mis sous le feu des projecteurs, son Premier ministre Edouard Philippe, quitte à le faire sauter si la gronde se faisait trop forte. Pourtant pour ses voeux aux Français, Emmanuel Macron va enfin devoir se dévoiler afin de s’adreser au plus grand nombre.

L’enjeu est double : apaiser la situation en proposant notamment d’assouplir l’âge pivot, au risque de ne pas tenir sa promesse de campagne et d’être affaibli par ce recul face à la rue – un risque pour sa potentielle candidature de 2022 – ou bien continuer le bras de fer coûte que coûte, avec le danger d’aller au bras de fer et de voir ses opposants se radicaliser. Quoi qu’il choisisse, la nouvelle année à venir s’annonce déjà très mouvementée, pour Emmanuel Macron.

Le gouvernement repousse finalement la réforme des APL au 1 avril 2020

Illustration des allocations familiales
Illustration des allocations familiales. — DR

Initialement prévue pour début 2020, la réforme des APL a été repoussée une deuxième fois à la demande de la CNAF. La date officielle est désormais fixée au 1 avril 2020.

L’annonce est tombée jeudi 26 décembre à la suite d’une déclaration de Julien Denormandie, ministre en charge de la Ville et du Logement : la réforme des APL est repoussée une énième fois. Cette fois, c’est la date du 1er avril 2020 qui a été annoncée par l’équipe gouvernementale.

Officiellement, l’exécutif dit avoir voulu se donner plus de temps pour pouvoir mettre en place la réforme de façon sécurisée et fiable pour l’ensemble des allocataires. C’est d’ailleurs la CNAF (Caisse Nationales des Allocations Familiales) elle-même, qui avait fait la demande à Julien Denormandie de « décaler la date d’entrée en vigueur de la réforme d’un trimestre afin de s’assurer de la meilleure qualité et fiabilité possibles dans la mise en oeuvre de cette réforme pour ses six millions d’allocataires », comme l’explique le journal Le Monde.

Une réforme et des économies

Le système des aides personnalisées au logement (APL) devrait être bouleversé par cette réforme. Les APL se basent à ce jour sur les revenus perçus deux ans auparavant. Lorsque la réforme rentrera en vigueur, les APL seront réévalués chaque trimestre en prenant en compte les douze derniers mois de chaque allocataire.

En se basant sur des revenus actualisés, qui devraient être plus élevés grâce à la croissance que les revenus déclarés il y a deux ans, le gouvernement espère réaliser une économie de plus d’un milliard d’euros. Une réforme qui pourrait faire sortir des droits aux APL, 600 000 citoyens, selon l’analyse de la CAF, expliqué par le journal Le Parisien.

En plein conflit sur la réforme des retraites, le gouvernement entend bien ne pas s’attirer les foudres d’une partie plus large de la population sur un sujet social. Une convergence des luttes à effet boule de neige durant l’hiver et un blocage plus large du pays pourrait s’avérer presque fatale pour le futur candidat Emmanuel Macron. La réforme de baisse des APL de 5 € par bénéficiaire avait déjà coûté cher au président Français qui avait déclaré traîner cette réforme comme un boulet. Pour cette nouvelle réforme, le rendez-vous est donc donné au printemps.

Les vacances polémiques au Maroc de la Ministre des transports Elisabeth Borne

Elisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et sociale, en charge des transports
Elisabeth Borne, Ministre de la transition écologique et sociale, en charge des transports. — Aron Urb / Flickr

Si les ministres devaient rester disponibles durant les vacances dans un contexte de grève sur la réforme des retraites, Elisabeth Borne s’est pourtant envolée pour le Maroc.

Emmanuel Macron et Édouard Philippe l’avaient assuré : il n’y aura pas de trêves pour l’équipe gouvernementale pour les fêtes de fin d’année. En plein conflit social sur fond de réforme des retraites, le couple de l’exécutif souhaitait montrer l’exemple en donnant l’image de ministres au travail, défendant la réforme des retraites dans les médias, y compris à Noël.

Pourtant, le journal Le Parisien dévoilait mardi que la ministre de la transition écologique également en charge des transports, Elisabeth Born, venait de s’envoler la veille pour des vacances à Marrakech : un choix de destination exotique qui semble avoir du mal à passer pour certains, alors que la grève dans les transports fait rage depuis plus de deux semaines.

Affaire Elisabeth Borne : des opinions mitigées

« Elisabeth Borne a mérité ses vacances, bonnes vacances Madame la ministre » : c’est ce que déclarait jeudi 26 décembre, Roland Lescure, député LREM, au micro de la matinale d’Europe 1. Pourtant du côté des syndicats les vacances de la ministre apparaissent plus que jamais comme un problème. Eric Meyer, secrétaire fédéral du syndicat Sud Rail expliquait à France Info que ces vacances étaient « un mauvais message (…) une stratégie de pourrissement du conflit dans un contexte de grève historique ».

Du côté du cabinet du ministère de l’Écologie, on affirme que la ministre sera de retour rapidement et que celle-ci travaillera toute la semaine prochaine. D’ici là, Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’État en charge des transports, resterait disponible en cas de besoin. De son côté, Matignon tente d’éteindre l’incendie en expliquant au journal Le Parisien : « Nous n’avons pas établi de règle kilométrique ni d’interdiction de sortie du territoire. Ce qu’on demande aux ministres c’est d’être disponibles et réactifs, mais ils ont droit à des vacances ».

Après plus de vingt jours de contestation, il faudra attendre la rentrée politique début janvier pour voir si les vacances de la ministre auront un impact sur le conflit social qui paralyse la France.

Un site pour les victimes de sexisme dans le monde politique

Stop sexisme
La situation a empiré depuis l'affaire Baupin, estiment les créatrices du site dédié à recueillir les témoignages de femmes victimes de sexisme et harcèlement de la part d'élus. — Bernat_83 / Flickr

Jugeant que la situation a empiré depuis l’affaire Baupin, des collaboratrices d’élus lancent un site pour recueillir les témoignages de victimes de « harcèlement en politique ».

« Le sexisme n’est pas une spécificité du monde politique, nous en avons pleinement conscience, mais c’est un monde où il se manifeste avec une force et parfois une violence particulières… »

Partant de ce constat, des collaboratrices d’élus ont décidé de créer un site Internet « recensant les témoignages des femmes victimes de sexisme à l’Assemblée nationale ou dans d’autres institutions politiques », annoncent-elles dans une tribune publiée par Le Monde.

Elles disent avoir « décidé d’anonymiser les témoignages pour offrir les meilleures conditions aux collaboratrices qui souhaiteraient raconter mais souvent n’osent pas ou pour qui les conséquences seraient très lourdes. »

Leur but « n’est pas de pointer du doigt tel élu, ministre ou autre homme politique, mais d’exposer le caractère généralisé du sexisme en politique. » Et donc de contribuer à une prise de conscience et à un véritable changement.

Car l’état des lieux en la matière se serait encore dégradé depuis la mise en cause du député écologiste Denis Baupin, notent les signataires du texte et créatrices du site «  Chaircollaboratrice.com », dont l’appellation même est explicite.

« A chaque affaire, le sexisme en politique fait la « une » des journaux et des JT avant de retomber dans l’oubli. A l’issue de l’affaire Baupin, l’ambiance a même empiré pour les femmes : « Attention, je vais te Baupiner », « Je peux toucher ton épaule ou c’est du harcèlement ? », « Quand même, les dénonciatrices, elles devaient avoir un mobile politique », « Baupin, mais tu sais, ce n’est pas de sa faute, c’est sa mère/sa femme ».

« La harcèlement est une réalité »

Autant de phrases recensées qui sont typiques, selon elles, « du machisme de ce huis clos politique où les femmes sont souvent perçues comme illégitimes ».

En effet, trop souvent encore, selon les femmes à l’origine de cette initiative, dans l’univers politique, qu’elles soient élues ou collaboratrices d’élus, « les femmes sont soit mal acceptées, soit regardées avec un amusement tout paternaliste ».

« Certes, tous les hommes en politique n’ont pas un comportement répréhensible, mais le sexisme et le harcèlement sont une réalité » se justifient encore les rédactrices de la tribune, qui insistent : « les hommes politiques se doivent d’avoir un comportement exemplaire dans tous les aspects de leur vie publique. »