Covid-19 : la France à l’aube d’une deuxième vague

Représentation artistique du coronavirus SARS-CoV-2
Représentation artistique du coronavirus SARS-CoV-2. — DR

Alors que le nombre de cas repart fortement à la hausse, on ne parle pas encore de deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. Pourtant, la France se prépare à l’affronter.

« La circulation virale est en nette augmentation en France ». C’est le constat sans équivoque de la Direction Générale de la Santé (DGS) dans son point du vendredi 24 juillet. Elle confirme ainsi la tendance qui se dessine depuis quelques jours. Nous avons désormais dépassé les 1000 nouveaux cas journaliers, dénombrons 215 clusters actifs et atteignons un taux de reproduction (R) de 1,3. « Nous sommes revenus à des niveaux comparables à ceux de la fin de la période du confinement. Nous avons ainsi effacé une bonne partie des progrès que nous avions accomplis dans les premières semaines du déconfinement » martèle la DGS. Faut-il y voir pour autant la fameuse deuxième vague de l’épidémie ?

La réponse donnée au Parisien hier par le ministre de la Santé est claire : « actuellement, on ne peut pas parler d’une deuxième vague ». Cela ne l’empêche pas d’être inquiet. « On voit, depuis quelques jours, le nombre de cas positifs remonter nettement alors qu’il baissait depuis treize semaines » tempère Olivier Véran. Il explique notamment cette recrudescence par l’inattention des jeunes, beaucoup plus impactés qu’au début l’épidémie en raison des rassemblements festifs et familiaux. Le début des vacances d’été, qui entraîne des déplacements de populations et la venue de touristes étrangers, favorise la circulation du virus. De plus, cette augmentation du nombre de cas est également due au dépistage massif, à raison de quasiment 500 000 tests par semaine : « Comme on teste plus, on trouve plus de malades » justifie Olivier Véran.

Le gouvernement échafaude ses plans

Nous ne pouvons pas encore parler de deuxième vague, mais cela n’empêche pas le gouvernement de s’y préparer. Et il a tenu à rassurer les Français sur un nouveau confinement de la population. « On ne va pas faire un éventuel reconfinement comme nous avions fait celui du mois de mars. On ne supporterait pas économiquement et socialement un reconfinement absolu et généralisé », expliquait le Premier ministre mercredi 8 juillet au micro de RMC. Jean Castex l’assure, « nous allons cibler ». Autrement dit, il faut s’attendre à des confinements à l’échelle d’un quartier, d’une ville ou d’une région. Par ailleurs, plusieurs pistes sont à l’étude, comme le renforcement des mesures barrières, la limitation des déplacements, ou un dépistage ciblé dans les collectivités à risque. « Le reconfinement total sera la dernière option envisagée » affirme quant à lui le ministre de la Santé.

Ce que les autorités souhaitent également éviter par dessus tout, c’est un nouveau choc économique. Si les fédérations professionnelles ne font pas d’un potentiel reconfinement leur priorité, le gouvernement incite le secteur économique à se préparer. « Nous demanderons aux entreprises de prévoir 10 semaines de stocks de masques, avec un petit rappel du fait que nous avons désormais des producteurs français », a ainsi signalé Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, le 1er juillet lors d’une audition au Sénat.

Concernant la rentrée des classes, le ministère de l’Education informe que « le scénario de référence pour la prochaine rentrée scolaire s’inscrit dans un cadre sanitaire normal, n’impliquant pas de restrictions d’accueil des élèves et de fonctionnement des écoles, collèges et lycées ». Toutefois, deux hypothèses sont étudiées en cas de circulation active du virus en septembre. La première serait de revenir au protocole sanitaire de la première phase de déconfinement, à savoir une limitation du nombre d’élèves et des dispositifs d’enseignement à distance. En cas d’une reprise plus dure et localisée de l’épidémie, le ministère envisage la fermeture d’écoles, de collèges et de lycées sur une zone géographique déterminée.

L’Hôpital est prêt, les soignants moins

Mais si elle devait vraiment arriver, la France saurait-elle affronter cette deuxième vague ? « Oui, nous serons prêts», a répondu le Président de la République lors de son interview du 14 juillet. D’après Emmanuel Macron, « nous avons à la fois les stocks et les approvisionnements qui sont sécurisés. Et nous avons l’organisation au plus près du terrain qui permettrait de faire face à une recrudescence si elle était là ».

Sur le terrain, les choses ne sont pas si simples. Selon de nombreux spécialistes, ce ne sont pas les tests qui manquent, mais le personnel pour les pratiquer et les fournisseurs pour les procurer en nombre suffisant. Les laboratoires sont en effet pris d’assaut et les listes d’attente s’allongent. Du côté des masques, les stocks devraient permettre de supporter une forte recrudescence. L’état compte aujourd’hui un demi-milliard de masques et se donne un milliard pour objectif. La France a désormais la capacité d’en produire 500 millions par semaine. Concernant les lits, Olivier Véran affirme que nous pourrons en mobiliser 12 000 à l’automne, contre 5 000 au début de l’épidémie. Finalement, l’obstacle majeur en cas de nouvelle vague pourrait être la fatigue physique et morale des soignants, ainsi que l’important retard généré par le report des interventions non urgentes durant le confinement.

« Il y aura une deuxième vague, pour nous cela ne fait aucun doute » prévient le Professeur Pierre-Louis Druais, membre du Conseil scientifique Covid-19, sur BFMTV. Toutefois, les autorités espèrent encore l’éviter. Pour cela, la Direction Générale de la Santé martèle qu’il est « plus que jamais nécessaire de retrouver une discipline collective : le télétravail, la réduction des expositions inutiles et surtout le test au moindre doute, l’isolement automatique en cas de symptômes ou de contact avec un porteur du virus ou une personne malade sont essentiels pour limiter la reprise épidémique ». La France est prévenue.

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