Justice

En Bretagne, l’accusé vivait dans une famille isolée du monde

Cour d'assises

Le procès de ce fratricide dans une famille isolée s'achève ce mardi soir. — Elliott Brown / Flickr

La cour d’assises du Finistère juge un homme accusé du meurtre de son frère. La sœur évoque une famille qui vivait en autarcie, sans « aucun contact social ».

La cour d’assises du Finistère rendra son verdict ce mardi soir dans le procès de Michel Even, 46 ans, accusé d’avoir porté un coup de couteau mortel au niveau de la carotide sur son frère cadet Loïc. Le fratricide s’est déroulé en juillet 2017 dans la ferme familiale de Tréméven, rapporte Ouest-France.

La question à laquelle doit répondre la cour est de savoir s’il y eut intention de tuer. L’accusé le nie depuis le début. Il explique qu’il ne voulait pas faire de mal. Lors de son arrestation, une analyse a révélé qu’il avait 2 grammes d’alcool dans le sang.

Lors de la première journée des débats, le témoignage de la sœur a éclairé les jurés sur un contexte particulièrement précaire. Les deux frères (sur une fratrie de cinq enfants) ont longtemps vécu seuls avec leurs parents, modestes éleveurs. « J’ai eu un choc social quand je suis partie faire ma vie à Nantes, à 20 ans : j’ai réalisé qu’on vivait en autarcie. On n’avait aucun contact social » a-t-elle expliqué avant de fondre en larmes.

Une famille qui a cumulé les deuils

Un isolement que plusieurs drames ont accentué. Un troisième frère, handicapé, décède en 1998. Puis c’est le père, myopathe, qui meurt en 2004 avant un quatrième frère, également myopathe, en 2018.

Quant à la mère, elle est décédée des suites d’un cancer en 2017, quelques semaines après le drame.

L’unique fille du foyer évoque encore une « atmosphère pesante : on parlait en criant. Je pensais que c’était normal. Ça fait vingt ans que je fais un travail sur moi ».

Un expert confirme ensuite que cette famille autarcique « est la seule référence et en même temps la source d’angoisse » de l’accusé, lequel veut « s’en sortir mais demeure enfermé. »

Or, il ressort des débats que la victime, souffrant d’un handicap mental, se moquait souvent de l’accusé, qui travaillait beaucoup dans la ferme mais avait un penchant pour l’alcool (plusieurs bouteilles de rosé par jour).

A cela s’ajoute un traumatisme intime : ayant surpris sa mère avoir un rapport sexuel avec un livreur en, 1989, il n’eut ensuite, pour sa part, durant près de 30 ans, ni relation amoureuse, ni sexuelle. L’expert psychologue suggère « une immaturité affective et une dépendance aux parents… ».

La sœur de l’accusé a conclu en estimant que s’il a pu vouloir faire peur à Loïc, Michel n’a pas souhaité le tuer.

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