Marine Le Pen courtise les « gilets jaunes » et raille la « France islamiste »

D’une pierre deux coups : la présidente du Rassemblement National veut séduire les « gilets jaunes » et dénonce « le délire immigrationniste » de FI rebaptisée… « la France islamiste ».

En déplacement mardi dans l’Yonne, un département rural où le mouvement des « gilets jaunes » s’est traduit par une forte mobilisation, la présidente du Rassemblement National a de nouveau cherché à séduire cet électorat potentiel, alors que la campagne pour l’élection européenne, qui a lieu dimanche, est entrée dans sa dernière ligne droite.

Marine Le Pen a souhaité d’abord rappeler « à ceux qui ont été sur les ronds-points que le moyen pacifique et démocratique de pouvoir obtenir quelque chose, et de faire que le 26 mai, toutes ces semaines de lutte, de combat, de mobilisation ne soient pas rayées d’un trait de plume, c’est d’aller voter pour la liste du RN. »

Cependant, durant ce même meeting organisé dans le village de Villeblevin et qui a réuni 500 personnes, elle a voulu aussi dissuader les mêmes « gilets jaunes » de se laisser convaincre par les arguments de la France Insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui a soutenu le mouvement.

FI devient « la France islamiste »

Selon Marine Le Pen, cette formation « devrait s’appeler la France islamiste » car dans son programme figurent le « refus de tout contrôle aux frontières, la distribution de la nationalité française au premier qui passe, le vote des immigrés et la reconnaissance d’un statut de réfugié climatique ». Ce qu’elle a encore résumé par une formule : « Pas un Français sensé ne peut accepter de suivre ce délire immigrationniste ».

En verve, la présidente du RN a conclu en appelant les électeurs à ne pas « donner de chèque en blanc » à Emmanuel Macron, son vainqueur lors du second tour de la présidentielle en 2017. « Il se comporte déjà de manière totalitaire » a-t-elle persiflé, faisant allusion à l’interview accordée par le président à plusieurs journaux régionaux, une pratique jugée pas si éloignée de ce qui a cours en Corée du Nord, a-t-elle noté avec ironie.

Marine Le Pen ne veut plus de voile ni de kippa dans l’espace public

La présidente du FN entend « élargir la loi de 2004 » et interdire le port du voile et de la kippa dans l’espace public, y compris les entreprises. Mais pas le port de la croix.

La présidente du Front national a expliqué lundi matin sur RMC pourquoi, selon elle, « il est temps d’élargir la loi de 2004 » qui avait prohibé le port de signes religieux à l’école : il s’agit « d’interdire au nom de la laïcité tous les signes ostentatoires dans l’espace public, ce qui permettra également de les interdire dans les entreprises. »

Mais si la dirigeante du FN vise le port du voile ou de la kippa, elle n’estime pas que le port d’une croix serait concerné.

« Les grandes croix, ça n’existe pas. Je vais vous expliquer quelque chose : la religion catholique n’a pas de signe ostentatoire et pour une raison simple, c’est peut-être parce c’est elle qui a inventé en réalité la laïcité. Il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Donc il n’existe pas de signe ostentatoire de la religion catholique » a martelé la présidente frontiste, prenant quelque liberté avec l’histoire, comme le souligne Europe, la laïcité et la loi de 1905 en France ayant été portées par différents philosophes et courants de pensée.

Les propos de la candidate du FN pour 2017 ont été critiqués tout aussitôt par François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, invité de RMC au moment où Marine Le Pen s’est exprimée, en appelant la radio elle-même pour préciser des propos tenus antérieurement.

« De l’huile sur le feu »

« Ce n’est pas sérieux. L’espace public est précisément l’endroit où peut s’exprimer la liberté de conscience, la liberté de sa religion, d’être religieux ou pas » a expliqué François Clavairoly. Selon lui, « il faut cesser d’humilier l’Islam ».

Et de plaider encore : « Nous sommes dans un pays de liberté. La plupart des pays d’Europe vivent une laïcité apaisée il ne faut pas mettre de l’huile sur le feu ».

Alors candidate à l’élection présidentielle, dans son programme, Marine Le Pen avait souhaité en 2012 interdire les signes religieux « pour les agents comme pour les usagers du service public ». Mais après le scrutin, elle était allée plus loin dans un entretien accordé au Monde et s’était déclarée en faveur d’une interdiction du voile et de la kippa dans « les magasins, les transports, la rue »…

La présidente du FN avait même précisé qu’une « dictature laïque » était préférable à une « dictature religieuse ».